27 mai 2007
Les fruits de ma jeunesse
Le mois de mai a toujours été propice au dépoussiérage. On ressort les vieux souvenirs en même temps que les vêtements d’été fleurant bon la naphtaline.
Aujourd’hui, j’ai mangé des mûres. En me regardant dans la glace, j’avais le visage aussi barbouillé que ma petite cousine de 5 ans qui se tenait à coté de moi.
A son âge, mes cousines et moi attendions avec impatience le feu vert de mon oncle pour assaillir son jardin. La brigade des dévoreuses de mûres était prête pour la razzia. Organisation minutieuse, technique rodée, les plus grandes grimpaient sur les branches les plus inaccessibles, les petites restaient au sol. Gare à celle qui empièterait sur le territoire de l’autre. Il fallait manger, manger à s’en péter le ventre. ‘Ce sera vous ou les oiseaux’ nous répétait notre oncle. Au bout deux heures, on abandonnait l’une après l’autre. On faisait pitié à voir. On en avait partout : les mains teintes jusqu’aux coudes, le visage violacé comme un maquillage pour Carnaval, les pieds, les cuisses, le ventre, les cheveux…Notre oncle nous alignait une à une et nous jetait un seau d’eau de puit glacée à la figure. Fin du round, on recommencera l’année prochaine.
J’ai aussi mangé des nèfles. Je déteste ça. Mais pour moi ce fruit a le goût du défi. A l’école primaire, la saison des nèfles sonnait l’heure de la vengeance. Je faisais partie du cercle très fermé des pros des osselets. On avalait notre déjeuner à la cantine et chaque jour l’une d’entre nous avait pour mission de ramener des nèfles. Je croquais dans les miennes en grimaçant et c’est à peine si je ne recrachais pas ; moi ce qui m’intéressais, c’était les noyaux. Il m’en fallait 5 et la partie pouvait commencer. Seuls les caïds de la cours avaient accès au tournoi, les autres se contentaient de parties avec des noyaux d’abricot. Les noyaux de nèfles sont lisses, ils glissent dans la main, sont plus difficiles à saisir surtout quand il faut ramasser les 4 d’un coup en une seule poignée.
Dans quelques semaines viendront les pastèques et les figues qui, sans quelques grains de sable, sont impossibles à manger.
